"A L’ORIGINE DE LA PERFORMANCE" : EXPOSITION RÉTROSPECTIVE ANNA HALPRIN


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"À L’ORIGINE DE LA PERFORMANCE"
EXPOSITION RÉTROSPECTIVE ANNA HALPRIN
Commissaire de l’exposition : Jacqueline Caux

Anna Halprin
Chorégraphe californienne et personnalité hors norme de la scène américaine des années 60.
Dès la fin des années 50, sur un plateau de danse construit en plein air, Anna Halprin et les danseurs de son "San Francisco’s Workshop" commencent à improviser à partir de l’action de se vêtir et se dévêtir.
Ce travail fait partie des nombreuses recherches sur le mouvement menées par la chorégraphe qui, avec la notion de "tâches" à accomplir, introduit dans le champ de la danse les gestes du quotidien tels que marcher, manger ou se laver, et sort des lieux de spectacles habituels.
Anna Halprin bouleverse non seulement les codes alors instaurés par la "Modern Dance" mais elle ouvre le champ à des expérimentations qui vont
la conduire à remettre en question le rapport aux spectateurs et plus largement aux faits de société.
Influencée par les recherches du Bauhaus, elle développe un rapport
particulier à l’architecture et à l’espace, mais aussi aux réalités du quotidien.

A l’origine de la performance, elle influence dès la fin des années 50 des artistes qui développent des recherches dans le domaine de la musique et des arts visuels tels que La Monte Young, Terry Riley, Morton Subotnick, Pauline Oliveros, Luciano Berio, Robert Morris. Ces rencontres sont l’occasion d’échanges et suscitent des évolutions radicales dans la création des années 60. L’impact de son enseignement sur des danseurs comme Yvonne Rainer, Simone Forti ou Trisha Brown qui participeront à New York à la fondation
du "Judson Dance Theater" est indéniable.
Agée aujourd’hui de 85 ans, Anna Halprin poursuit toujours ses recherches en relation avec la nature et les grands moments de la vie. Elle affirme encore : "J’aime travailler avec la sensualité, la sexualité, le conflit, le jeu, le quotidien : toutes ces choses qui n’étaient guère admises dans le champ de la
danse
".

"A l’origine de la performance" rétablit le rôle essentiel, et jusqu’à présent sous-estimé, qu’a joué Anna Halprin dans le domaine de la performance, mais aussi dans celui de la musique et des arts plastiques qu’elle n’a cessé d’associer à cette forme d’expression.
L’exposition met en évidence les influences de sa réflexion artistique sur la création contemporaine et également sa prise de position radicale face aux événements socio-politiques de son époque. Le travail qu’elle a réalisé avec les minorités noires et sud-américaines à San Francisco, à la suite des émeutes de Watts en 1965, montre à quel point ses réflexions concernent des problématiques qui sont toujours d’actualité.

L’exposition tente de rétablir au travers des photographies et des films inédits, des enregistrements sonores, des documents d’archives, des partitions originales, l’importance de l’apport de cette artiste dans l’histoire de la création contemporaine.
L’exposition a été présentée au Musée d’art contemporain de Lyon en 2006.
http://www.annahalprin.org


Jacqueline Caux
Jacqueline Caux a réalisé des émissions de recherche pour France Culture
et des courts métrages expérimentaux.
Écrivain et artiste, elle a publié des livres d’entretiens, et collabore à la revue Art Press.
Elle est l’auteur d’un livre d’entretiens avec Luc Ferrari, l’un des pionniers de la musique concrète, "Presque rien avec Luc Ferrari" (Éditions Main d’oeuvre, 2002), et a publié un livre sur Louise Bourgeois, "Tissée, tendue au fil des jours, la toile de Louise Bourgeois" (Éditions du Seuil, 2003).
Elle participe à l’organisation de plusieurs festivals de musiques d’aujourd’hui, réalise des émissions de recherche pour France Culture, des petits théâtres intimes sous formes de boîtes, des fi lms musicaux.
Elle a également réalisé des courts-métrages expérimentaux qui ont été présentés au Festival International Paris-Berlin, au Festival du film de Femmes de Créteil, au Forum des Images, au Musée d’Art Contemporain de Pesaro et Bologne et au FIFA de Montréal... Ainsi que des films musicaux projetés entre autres au Centre Pompidou, au Batofar, au Festival de Montpellier...
Jacqueline Caux a participé aux deux dernières éditions du festival Avatarium avec ses deux documentaires :
- "Detroit, the cycles of the mental machine"
- "Les couleurs du prisme, la mécanique du temps. De John Cage à la musique Techno"
chacun suivi d’une conférence/discussion.

Nous retrouverons Jacqueline Caux samedi 16 avril pour deux projections, suivies d’une conférence/débat, au Musée de la Mine :
- ANNA HALPRIN - OUT OF BOUNDARIES
"Anna Halprin - Hors limites" - 2004 - 53’
- [ANNA HALPRIN - WHO SAYS I HAVE TO DANCE IN A THEATER ?_>67]
"Qui a dit que je devais danser dans un théâtre - Anna Halprin" - 2006 - 50’

Ana Halprin « à l’origine de la performance »

Entretien avec la réalisatrice Jacqueline Caux
06.03.2011, par Sab et Iswal

Jacqueline, tu viens à Saint Etienne pour la troisième fois, quelles sont les raisons de cette assiduité ?
Je crois que j’ai vraiment un accrochage très fort avec Saint Etienne. C’est un lieu dans lequel il y a une atmosphère forte où je me sens en accord. Ça tient à la ville, mais aussi au choix qui sont faits dans ce festival. C’est ce qu’on peut appeler des affinités sélectives de goûts, d’intérêts, par rapport à la vie, la politique, l’art. Des attitudes qui sont vraies quant à la vie. Qui sont inscrites dans l’art.

Comment s’intitule ton exposition ?
J’aurais tendance à l’appeler "à l’origine de la performance" mais c’est surtout une autobiographie de la chorégraphe Ana Halprin, car son art est complètement relié à sa vie et au monde.

Comment as-tu pris connaissance de son travail ?
Je la connaissais bien avant de la rencontrer car c’est John Cage et la Monte Young qui m’en ont parlé il y a trente ans. En me disant qu’il y avait en Californie une artiste absolument exceptionnelle qui travaillait avec les gestes du quotidien.
A l’époque ça paraissait vraiment bizarre. Elle disait : "On va manger sur scène, marcher, s’habiller et se déshabiller..." On était très loin des ballets qu’on avait l’habitude de voir à cette période.

Donc, elle avait une approche plus sociale dans son rapport à la danse ?
Elle a vraiment commencé à casser les choses dans les années 50, pas très longtemps après la seconde guerre mondiale. A ce moment là, elle disait : "Moi je ne veux plus du corps glorieux, de ce que le corps peut donner d’exceptionnel dans la virtuosité. Les surhommes, on a vu ce que cela donne. Je ne veux pas ça. On est simplement des êtres ordinaires, la danse fait partie du quotidien. Pourquoi ne pas expérimenter la simplicité, comme les gestes de tous les jours." Et puis elle a aussi introduit l’improvisation, ce qui n’était pas une approche normale, à l’époque où les chorégraphies étaient écrites.

Son travail était donc novateur.
Oui, d’autant plus qu’elle a rencontré des artistes comme la Monte Young, Terry Riley qui eux-mêmes faisaient des recherches sur la musique pour obtenir des sonorités inhabituelles. L’un commençant à travailler avec des sons tenus, des silences, l’autre à explorer la musique répétitive. Et ces deux là avaient 23 ans. Elle les a nommés directeurs musicaux de ses ballets. Elle s’est aussi entourée de sculpteurs, de poètes, de cinéastes, qui l’ont amenée à ce que l’on a appelé plus tard la performance, c’est-à-dire mélanger tout ces domaines artistiques.
L’une de ses principales influences à été le Bauhaus, car beaucoup de ces artistes avaient fui l’Allemagne pour s’installer à Chicago où elle vivait à l’époque, dans les années 40.
Elle a aussi été une des premières à utiliser la nudité, tout d’abord pour une raison pratique : travaillant en Californie où il fait très chaud, les danseurs avaient pris pour habitude de se dévêtir, elle s’est dit "pourquoi ne pas l’intégrer à mon travail". Cela a donné, en 1964, la pièce "Parade and changes", qui lui a valu des amendes pour comportements indécents car les danseurs utilisaient du papier kraft qu’ils déchiraient pour se vêtir. Le tout sur une musique de Morton Subotnick. Cette pièce sera présentée sous forme de vidéo lors de l’exposition à Saint Etienne.

Son travail a dérangé artistiquement mais aussi politiquement.
Oui, car elle a aussi vécu les émeutes de Watts à Los Angeles dans les années 60. Elle a donc décidé de travailler avec des danseurs afro-américain, en disant : "Je n’ai pas de choses à leur dire mais c’est plutôt eux qui ont des choses à m’apprendre". Elle est allée travailler avec eux pendant un an, puis a fusionné ces danseurs avec sa propre troupe "blanche". Cela a donné la pièce "Celebration of us". Lors de la représentation, les spectateurs rentraient par deux files différentes, celle des noirs et celle des blancs, de même que les danseurs qui, une fois à l’intérieur, se réunissaient pour interpréter la pièce. Ce qui lui a valu la perte de toutes ses subventions.

A-t-elle travaillé sur d’autres thématiques liées au corps ?
Oui, d’autant plus qu’elle a toujours fait un parallèle entre les évènements sa vie et son œuvre. Dans les années 70, atteinte d’un cancer, elle décide de le danser. Elle ne veut donc plus courir les scènes internationales mais travailler avec des gens malades. Son but est de donner du plaisir avec un corps qui est en train de lâcher. Elle continuera ce travail, dans les années 80 et 90, avec des malades du sida. Elle affirme aujourd’hui : "J’ai dédié l’art à la vie".
Dernièrement, elle a rencontré un groupe de personnes âgées lors d’une manifestation à San Francisco, contre la guerre en Irak, avec lequel elle a monté le spectacle "rocking chair" car à une époque de la vie "on est plus rock’n’roll, on est rocking chair" (rire).

Lors du vernissage, mercredi 13 avril, il y aura d’autres interventions dont la Cie "A’Cor’Rompu" et des lectures de Grisélidis Réal, artistes engagées dans le féminisme.
Le féminisme va tout à fait dans le sens d’Ana Halprin même si dans son travail elle ne l’a jamais brandi. Ce n’est pas quelqu’un qui revendique, c’est quelqu’un qui fait. Car les choses sont toujours plus faciles à dire qu’à faire. C’est la raison pour laquelle son oeuvre est totalement adaptée à l’esprit du festival.


 
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